30.10.2009

Juste un petit mot...

...pour vous dire que nous sommes bien rentrés en France - il y a trois heures à peine ! - après une seconde journée à Naplouse, une dernière à Ramallah et un moment très désagréable à l'aéroport de Tel Aviv. Quelques notes viendront bientôt compléter ce carnet... en attendant la 10ème Biennale du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand - venez nombreux !

29.10.2009

Le blues de Naplouse

Ce matin, nous partons vers le Nord. Nous allons accrocher notre exposition à Naplouse. Pour cela, il faut d'abord pouvoir sortir de Ramallah ! Nous nous dirigeons comme nous pouvons, suivant les indications plus ou moins précises des uns et des autres. Il y a  peu de panneaux ici, mais des gens partout, toujours près à nous renseigner, en anglais la plupart du temps.
Des policiers palestiniens nous expliquent où rejoindre la 60 : nous apercevons bientôt le premier panneau Nablus et la route qui passe derrière le check-point. Hélas, la jeune soldate israélienne en faction, la mitraillette en bandoulière, nous en refuse l'accès... malgré notre belle plaque jaune ! Pour passer là, il faut être au volant d'une ambulance ou d'une voiture diplomatique. Nos lettres du Consulat ne suffisent pas. Demi-tour...
"You must go to Kalandia !" nous dit-elle, l'oeil sévère. Nous n'en avons aucune envie : ce gros check-point est à l'entrée Sud de Ramallah et nous allons au Nord : nous n'allons pas retraverser tout Ramallah dans l'autre sens pour le contourner entièrement par l'extérieur ensuite ! D'après notre carte routière, il existe une autre sortie possible dans le coin, par l'une des petites routes laissées aux plaques vertes,.. Nous retournons interroger les policiers palestiniens. L'un d'entre eux enfourche sa moto et nous escorte jusqu'à la jonction suivante...

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Nous voilà enfin à Naplouse. Bruno, qui en avait gardé un souvenir plutôt "glauque", est agréablement surpris : le gros check-point d'entrée semble désaffecté. L'activité bat son plein dans les rues. La vieille ville où nous guide Anas, jeune volontaire de l'association Project Hope, est bien vivante. Des flux de musique, de couleurs, de parfums... coulent dans les ruelles, sous les vieux balcons ottomans et les murs qui témoignent encore, avec force, de l'engagement de Naplouse.

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Anas nous emmène ensuite jusqu'à Balata, le camp de réfugiés le plus vaste de Palestine, mitoyen de Naplouse. Le provisoire, géré par l'O.N.U. depuis 1948, est peu à peu devenu permanent. Aujourd'hui, c'est une ville de 30 000 habitants.
Nous y rencontrons le directeur du Happy Childhood Club, une association qui tente d'adoucir l'enfance des réfugiés - ou plutôt, de leurs petits et arrière-petits-enfants... Jamal nous montre un visage impassible, figé dans une expression de tristesse distante. L'entretien sera long : je l'interroge en anglais, il me répond en arabe, Anas me le traduit en anglais et je note ses réponses en français dans mon petit carnet. Tandis que Marc et Bruno partent faire un tour dans les rues du camp, accompagnés de deux jeunes gens costauds - impossible d'y aller seuls, nous dit-on - la conversation continue dehors. "Je suis ici comme un poisson dans son bocal" me dit Jamal...

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La nuit tombée, nous rentrons à l'hôtel dans des rues méconnaissables, étonnamment désertes... Plus tard, quand nous questionnerons les gens à ce sujet, certains nous dirons que c'est juste une question de quartier, que ça bouge tard le soir ailleurs. D'autres que c'est une habitude prise pendant la Seconde Intifada, lorsque le couvre-feu bloquait tout dès le soleil couché.  Les derniers, que c'est à cause des incursions encore très régulières, et meurtrières, de l'armée israélienne dans la ville... Nous nous couchons plus tôt que d'habitude, avec le blues de Naplouse.

27.10.2009

Go in Peace

Nous quittons Bir Zeit pour  la Mer Morte, histoire de faire une petite pause "tourisme" et de rouler dans le désert. Après 13 jours de travail, nous avons besoin de souffler un peu.


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Nous trouvons à nous loger pour une nuit à Jéricho, puis continuons en direction de la première plage qui viendra. Surprise ! Bien que nous soyons aux confins des Territoires Palestiniens, loin du mur de séparation, en lisière de la Jordanie, c'est sur une plage privée israélienne que nous arrivons. Le drapeau blanc et bleu flotte visiblement au-dessus des transats. Les barbelés délimitent le terrain. Nous avons l'impression d'entrer dans une colonie balnéaire.

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La sono du bar a beau diffuser Imagine de John Lennon, nous ne sommes pas très à l'aise... Est-ce normal ? Sommes-nous seuls à y voir de l'ironie ?

Celle-ci pourtant nous saute aux yeux quand nous quittons la plage. À la sortie, un panneau nous salue d'un "Go in Peace" traduit en plusieurs langues. Quelques mètres plus loin, des traces de balles défigurent les façades d'un groupe de bâtiments désaffectés...

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Nous repartons pour Ramallah et cela nous change du désert : le gros check-point de Kalandia, que nous longeons sans  y passer, semble paralysé, submergé de voitures. La queue pour entrer à Jérusalem est énorme, immense, démesurée. La file des véhicules en attente de passage s'étend sur plusieurs kilomètres, et jusqu'à quatre autos de front !

Par chance, nous allons en sens inverse. Nous filons vers le Centre Culturel : deux jours sans connexion, c'est autant de notes en retard ici. Finie, la pause !

Le soir, nous retrouvons deux tout jeunes policiers, rencontrés la semaine dernière, pour un double portrait.


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Certes, ils n'ont pas l'air, comme ça... mais qu'est-ce qu'ils sont drôles ! Nous passons avec eux un vrai moment de rigolade  - ça fait du bien ! Choukrane Ahamad, choukrane Diya !

Suha la prisonnière

Bruno a pu faire, ce matin, le portrait de monsieur Jabre - cf la note du 23 octobre. Celui-ci nous explique ensuite où trouver sa maison à Bir-Zeit, petite localité connue pour son université, à une douzaine de kilomètres de Ramallah. Nous y allons pour que Marc puisse photographier l'environnement de la famille Jabre et compléter ainsi son portrait. Nous trouvons sans problème l'épicerie indiquée, où nous devons demander la maison. Après quelques hésitations, l'un des clients présents comprend qui nous cherchons, nous guide jusqu'à la porte et frappe... malgré nos dénégations. Nous ne voulions pas déranger la femme de monsieur Jabre – c'est raté.

Mais celle-ci a été prévenue de notre visite par téléphone : elle nous ouvre gentiment sa porte et nous invite à entrer. Elle nous propose un thé... mais nous sert une citronnade en attendant que l'eau soit chaude. Elle parle bien l'anglais, nous discutons un peu et comprenons vite qu'elle doit, elle aussi, faire partie de nos portraits. Bruno la dessine dans son fauteuil, tandis que la télévision diffuse des images, filmées en direct, de heurts opposant la police israélienne et les musulmans interdits d'accès à la mosquée d'Al-Aqsa, dans la vieille ville de Jérusalem... C'est en arabe, nous n'en saurons pas beaucoup plus.


 

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Pendant ce temps, Suha (prononcez "Souha") nous ouvre doucement son coeur... Je sors mon petit carnet. Discrète, le regard triste et fatigué, elle a un beau sourire qui l'illumine d'un coup lorsqu'elle évoque sa fille et son mari. Mais elle nous parle de sa jeunesse, du jour où elle a été arrêtée en sortant de l'université. C'était en 1981. Plaquée au sol, battue et insultée, elle part en prison pour 45 jours... sans savoir pourquoi. 45 jours dans un sous-sol, 45 jours dans le noir. Elle finira par être relâchée, sans davantage en comprendre la raison, amaigrie de 8 kilos. Depuis, sa carte d'identité - israélienne, car elle vivait alors à Jérusalem - n'a jamais pu être renouvelée. Suha est "sans papier" : elle n'a le droit d'aller nulle part. En prison pour toujours...


 

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Dans les rues de Bir-Zeit...

 

Le temps passe et Suha nous invite à partager le déjeuner avec elle et sa fille qui rentre du lycée. Lorsqu'elle s'apprête à sortir pour faire une course à l'épicerie, Suha met son foulard. Je m'étonne ; je la croyais chrétienne, comme son mari ! Mais non, le couple Jabre est "mixte". Et c'est un vrai mariage d'amour, dont le fruit est aujourd'hui cette belle jeune fille, prénommée Jubana (prononcez "Joubana"), qui signifie "bijou" en arabe...


 

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Nous repartons le coeur gros de quitter Suha et sa fille, dont LE rêve est d'avoir un jour le droit de visiter Jérusalem, nous qui circulons sans problème avec nos passeports français...


25.10.2009

Nous n'irons pas à Gaza...

Voilà deux jours que nous attendons l'improbable autorisation d'entrer à Gaza. Ce matin, le refus arrive. Pas d'étonnement : aucun artiste français n'est entré à Gaza depuis un an, nous avait dit le Consulat.

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Notre exposition - "Carnets de Voyageurs" - aurait été pour nous l'occasion de rencontrer les Gazaouis, de parler avec eux, de leur apporter un petit morceau du monde où il leur est interdit de mettre les pieds. Hélas, Erez, la porte d'entrée à Gaza reste fermée à double-tour, dans les deux sens. Nous sommes déçus, et profondément désolés...


Sur la route... mais laquelle ?

Après notre nuit mouvementée, nous quittons Amal et les siens... qui s'excusent de ce qui s'est passé. Nous protestons, bien sûr : NOUS sommes désolés pour eux ! Désolés, boulversés, révoltés - difficile de trouver les mots ! Difficile de tourner la page et de laisser cette famille, si attachante, derrière nous.

Mais nous devons partir : ce soir, nous décrochons notre exposition au CCFA de Ramallah. Décidés à souffler un peu, nous nous offrons une visite de Bethléem et sa Nativité...

 

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Ensuite, cap sur Ramallah. En théorie, c'est assez simple : tout droit, du Sud vers le Nord. Bethléem, Jérusalem, Ramallah. Dans la pratique, ça se complique. N'étant pas Palestiniens, nous avons eu le privilège de pouvoir louer une voiture à plaque jaune (israélienne) qui nous permet de prendre les routes les plus directes interdites aux plaques vertes (palestiniennes).

Mais les codes sont obscurs pour qui n'est pas local... Parfois, nous n'arrivons pas à savoir de quel côté du mur nous sommes ! Et, si nous roulons côté palestinien, sommes-nous  en zone A (sous contrôle unique de l'autorité palestinienne), B (mixte) ou C (sous contrôle des Israéliens) ? Bref, c'est ainsi qu'aujourd'hui, sans le vouloir vraiment, nous quittons la 60 pour prendre la route sinueuse, réservée (ou plutôt laissée) aux Palestiniens. Contournant largement Jérusalem à l'Est, elle a l'inconvénient majeur de doubler le temps de parcours... mais l'avantage  immense de nous offrir un paysage d'une beauté fabuleuse !

 

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Que cette terre serait belle, sans miradors ni barbelés !


24.10.2009

We refuse to be enemies

Ce vendredi, nous avons rendez-vous avec Amal. Physiothérapeute à l'hôpital Caritas de Bethléem, elle participait à notre petite sortie, lundi dernier, à la campagne. Elle nous avait parlé de l'endroit où sa famille vit, une ferme sur une colline entourée de quatre colonies, qui avancent vers elle d'années en années. Mais la famille Nassar n'est pas du genre à baisser les bras. Il y a 10 ans, Daoud, le grand frère d'Amal, a eu l'idée d'une structure associative capable d'accueillir des volontaires internationaux, qui les aident aux travaux des champs tout en visitant la région, afin qu'il y ait toujours des étrangers avec eux sur leurs terres, des témoins auxquels l'armée n'ose pas toucher - en un mot, des protecteurs. Cet endroit a été baptisé - c'est le mot, car la famille Nassar est chrétienne - « Tent of Nations - People build bridges ».

 

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En arrivant d'Hébron, suivant les indications d'Amal, nous sommes obligés de laisser la voiture sur le bord de la petite route, barrée d'un gros bloc de pierre, et de finir à pied. Dahar nous accueille et nous fait visiter la propriété : les vignes et les champs d'oliviers, les grottes rondes traditionnelles où vivait la famille autrefois, transformées l'une en dortoir pour les volontaires, l'autre en petite chapelle, l'endroit où l'on foulait le raisin, aujourd'hui devenu réservoir d'eau de pluie... C'est un très bel endroit, d'où la vue sur les collines alentours, est à couper le souffle : par beau temps, on peut voir Gaza et, juste derrière, la mer. Si l'on ignorait la situation, nous pourrions nous croire un peu en vacances. Mais deux soldats en jeep, surgis d'un coup, interpellent Dahar depuis la petite route en contre-bas et lui posent des questions sur nous - retour à la réalité.


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Marc fait de nombreuses photographies, Bruno dessine Mary, l'aînée de la famille, tandis que je l'interroge, puis Tony, l'un des frères Nassar, puis deux de ses nièces. Nous dînons sur la terrasse, formant une grande tablée avec les volontaires. L'ambiance me rappelle beaucoup les chantiers de fouilles archéologiques de ma jeunesse : nous rencontrons une Australienne, une Japonaise, un Italien, des Suédois, des Allemands, dont l'un fait ici son service civil. Le soir, un groupe de jeunes Berlinoises nous offre même un spectacle de danse...

 

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Amal, qui ne croit qu'au dialogue...

Mais le long entretien avec Amal ne laisse aucun doute : nous ne sommes pas en vacances. Marc l'enregistre, car je ne veux pas en perdre un seul mot. Le récit de la vie dans ce petit îlot de tolérance et d'espoir est un combat de tous les jours : pas d'eau courante, ni d'électricité, pas le droit de construire le moindre petit édifice en dur (alors qu'en face, les maisons poussent, poussent, poussent,  grignottant peu à peu la colline, les rues sont éclairées la nuit, les gens ont des piscines et des jardins d'agrément) et, sans cesse, des intimidations tantôt des colons, tantôt de l'armée. D'ailleurs, le soir même, nous en avons la preuve... Alors que nous dormons, dans un dortoir sous les tentes avec les volontaires depuis deux heures, six jeeps arrivent en trombe chargées de 40 soldats armés jusqu'aux dents. Ils cognent à grands coups sur la porte de la propriété, arrachent le cadenas et entrent. De mon lit, j'entends qu'on interroge un volontaire allemand : « Do you have your passeport ? Are you a journalist ? » Puis Amal arrive sur la pointe des pieds et secoue Marc et Bruno, qui dorment : « French people, come on ! You have to see ! » Elle veut des témoins étrangers, sur lesquels l'armée n'a pas prise : devant eux, les soldats osent moins violenter les Palestiniens...


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Dahar, au matin d'une nuit éprouvante...

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Finalement, après une heure passée à tenir en joue la famille Nassar et à déambuler dans la propriété, les soldats repartent comme ils sont venus, en faisant ronfler les moteurs des jeeps. En sortant, ils défoncent la grille du domaine et renversent la pierre posée à l'entrée, sur laquelle est inscrit : « We refuse to be enemies. »

Ce matin lorsque nous partons, la pierre est de nouveau debout... comme la famille Nassar, fidèle à son idéal de dialogue et de Paix.

23.10.2009

Joséphine de Jérusalem

Ce jeudi, la journée sera bien remplie. Le matin, nous quittons Ramallah pour Jérusalem où nous visitons la vieille ville, bondée de touristes en tout genre. À 13h, nous sommes invités à déjeuner au Consulat, où nous restons jusqu'à 15h30, heure à laquelle nous avons rendez-vous avec Joséphine, rencontrée mardi soir lors de notre vernissage au CCFA. Nous sommes très en retard... par chance, elle aussi. Nous commençons l'entretien en terrasse du Café Notre-Dame, dans le vent frais du jour qui finit. Nous sommes, nous dit-elle, à l'endroit même de la dernière bataille de 1948. C'est dans les caves de l'hôpital qui jouxte le café que toutes les familles du quartier se cachaient pendant les bombardements.

Bruno dessine Joséphine, puis nous allons voir "sa" maison - celle dont elle a été chassée, en mai 1948. Elle avait 5 ans. Pressée par un milicien qui lui ordonnait de partir "seulement pour deux semaines", juste le temps que les tirs cessent, la famille a obéi et quitté sa maison les mains vides. Elle n'est plus jamais revenue. Devant le milicien, dans l'affolement général, Joséphine a fait un "caprice" et réclamé sa poupée. "J'étais petite, je pensais que ma poupée était un être vivant, qu'elle n'allait pas pouvoir survivre toute seule..." Mais le milicien a dit non et la famille a quitté son petit havre de paix de la rue Saint-Paul, aujourd'hui débaptisée.

Nous entrons dans le jardin, il fait maintenant presque nuit. Les beaux yeux clairs de Joséphine brillent un peu trop... Elle répète à voix basse, comme pour elle seule "quelle belle maison, quel endroit merveilleux, oui, quelle jolie maison..." Pendant que Marc tente de capter les derniers rayons de soleil caressant la vieille façade et sa treille, Joséphine continue de raconter. Sa vie d'enfant, le traumatisme de 1948, puis celui de 1967, le long chemin parcouru pour oser revenir ici...  nos yeux à nous brillent aussi.

Plus tard, dans la voiture qui roule de nouveau vers Hébron, je note, vite vite pour ne rien oublier, tout ce que Joséphine nous a confié dans l'ombre du jardin. Joséphine de Jérusalem est une belle personne que l'Histoire a cassée...

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Arrivés à Hébron, nous retrouvons notre souffleur de verre préféré. C'est en partie pour lui que nous revenons. Marc et Bruno font son portrait, en pleine action et je prends quelques notes. Ce soir, Mussa (prononcez "Moussa"), son fils est là. Lui aussi sera verrier, comme son papa, son grand-père, son arrière-grand-père... et tous les hommes de la famille depuis 400 ans !

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Après avoir remonté le fil des malheurs de Joséphine et de sa famille - sa mère et sa grand-mère étaient arrivées, déracinées déjà, fuyant le génocide arménien de Turquie ! - nous a glacés. Finir la journée dans cet atelier chaleureux - à tous les sens du terme ! - nous fait un bien fou !

22.10.2009

Monsieur Jabre

Aujourd'hui, nous travaillons séparément. Pendant que je m'occupe de ce carnet, Marc et Bruno explorent la ville, chacun de leur côté, en quête d'images et de portraits...

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Nous nous retrouvons pour le déjeuner. Une petite manifestation politique a lieu sur la place Al Manara. Nous y rencontrons Muhammad, en plein travail. D'autres photographes, dont un chinois, et quelques journalistes, le bloc-notes à la main, sont là aussi. Ramallah, c'est la capitale des « Territoires » : on y croise pas mal d'étrangers... Jane Birkin, par exemple, venue présenter son dernier film au théâtre Al-Kasaba, ou Kwal, un jeune slameur originaire d'Angers.

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L'après-midi, nous retrouvons monsieur Jabre au CCFA. C'est l'homme qui assure l'Accueil au centre culturel. Il est grand, distingué, mais son humour et sa gentillesse, petit sourire toujours au coin des lèvres, le rend très facile d'abord. Il parle plus de quatre langues dont l'anglais, l'allemand et ce joli français dont l'accent, plein de "r" roulés, chante à nos oreilles. C'est lui qui a assuré la traduction des discours pour les visiteurs et journalistes arabes venus au vernissage de notre exposition. Et c'est un homme très cultivé. « Une langue, nous dit-il, c'est comme la clé d'un jardin. Grâce à elle, on peut entrer dans un autre monde et voyager. » Il nous parle de Victor Hugo - bien sûr ! - mais aussi de musique française : César Frank, Ravel et Debussy ont sa préférence. Puis il nous raconte son histoire et celle de ses parents, la vie quotidienne pendant la seconde Intifada, nous parle de « civilisation »... Monsieur Jabre est un sage.

 

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Hélas, il fait trop sombre - la nuit tombe à 17 heures, ici -  pour que Marc le photographie. Et puis, monsieur Jabre doit rentrer chez lui, où sa femme et sa fille l'attendent. Nous prenons rendez-vous : Bruno le dessinera samedi lorsque nous reviendrons à Ramallah pour décrocher l'exposition. D'ici-là d'autres rencontres nous attendent, à Jérusalem d'abord, puis près de Béthléem... @ suivre !

21.10.2009

Maiyasa

Aujourd'hui, nous remontons vers Ramallah, où le vernissage de l'exposition a lieu à 18 h. Nous devons être au CCFA (Centre Culturel Franco-Allemand) au moins deux heures avant pour l'accrochage. Mais, en chemin, nous avons d'abord rendez-vous chez Maiyasa - prononcez "Maïyassa". Nous l'avons rencontrée lors de notre précédent vernissage : c'était la première fois qu'elle venait à Hébron.

Maiyasa nous accueille dans son petit jardin de Beit Safafa, localité du district de Jérusalem. C'est une sacrée personnalité. Arabe israélienne, musulmane non voilée, elle est née dans un village du Nord, près de la frontière du Liban. Son grand-père était Al Mokhtar (personnalité officielle à la tête de la communauté), ses parents possédaient de très nombreuses terres agricoles : Maiyasa est née dans une famille de notables palestiniens... dont les biens ont été confisqués après la guerre de 1967. Ne supportant pas l'injustice, Maiyasa militait dès l'âge de 13 ans. Aujourd'hui, elle est avocate... au chômage.

Maiyasa nous prévient : elle veut poser en robe traditionnelle palestinienne (la Fostan Almalakeh ou "robe de la reine") entièrement brodée - un travail extraordinaire. "C'est important de montrer une femme moderne qui garde cette mémoire !"

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Avant de repartir, Maiyasa nous sert une kefta délicieuse... et la discussion continue. Je mange, mon carnet sous le coude. L'heure tourne, on nous attend à Ramallah. Nous repartons, espérant nous revoir bientôt, peut-être même en France... inch'Allah !

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Après le vernissage, nous sommes invités à dînons chez Muhammad Muhesein, le jeune photographe invité avec nous à la Biennale, en compagnie de quelques amis. Bruno est impressionné : ce n'est pas tous les jours que l'on brosse le portrait d'un garde du corps de Yasser Arafat et Mahmoud Abbas ! (Cela dit, vu le pédigrée du modèle, mieux vaut ne pas râter son coup !) Mais Nidal est ravi du résultat - on le comprend. Nous rentrons entiers à l'hôtel pour dormir... @ suivre !


20.10.2009

Un lundi à la campagne

Ahmad, étudiant à l'université d'Hébron, nous emmène aujourd'hui dans son village. Nous partons vers l'Ouest et traversons une belle campagne méditerranéenne : collines ourlées de murets de pierres, de champs d'oliviers, de petits bourgs agricoles...

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Seulement, bien souvent, les groupes de maisons que l'on aperçoit perchés sur les hauteurs sont, en fait, des colonies israéliennes. C'est en roulant ainsi, d'un point à un autre, à travers le "pays" que l'on comprend ce qu'est l'occupation : nous sommes en Cisjordanie, dans les Territoires Palestiniens, et pourtant...

Mais nous arrivons à Majd. Trois familles vont nous accueillir successivement. Thé, café, soda, jus de grenade, sourires... Les femmes nous montrent les vanneries qu'elles tressent à leurs heures perdues, simplement pour offrir, avec la paille du village, du plastique de couleur et des piquants de porc-épic

Dans la maison suivante, le grand-père pose fièrement devant Marc et Bruno. Brahim, le patriarche, a 85 ans. Il est sourd - son fils,  pour lui parler, soulève un pan de sa coiffe traditionnelle et lui hurle dans l'oreille -  mais il est très démonstratif. Ravi que l'on s'intéresse à lui, il ordonne à ses enfants d'apporter la meule de la maison, le mortier, le pilon, la cafetière traditionnels... et nous fait une démonstration très convaincante, ponctuée de rires et de grandes exclammations comiques.

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La famille d'Ahmad nous reçoit dans sa ferme. Nous cueillons ces petits concombres que l'on offre ici comme un fruit et que l'on croque avec la peau. Nous voyons les moutons, les pigeons et le tabun (four à pain traditionnel). La maman d'Ahmad est une forte femme. Elle a eu 8 enfants, qui tous ont fait des études supérieures... et sont, malheureusement, au chômage. "Dans la situation où nous sommes, apprendre, apprendre, apprendre est la seule solution" dit-elle. Et elle nous interroge sur nos études et diplômes respectifs.

Nous rentrons à Hébron après une belle journée à la campagne... La vue des tourelles et des barbelés nous ramène à la réalité.


19.10.2009

Un dimanche à Hébron

Nous commençons par une visite de la vieille ville : check-points et rues fantômes, synagogue et mosquée, petits commerces et colonies... Côte à côte ? Face à face ? Dos à dos ? Difficile d'oublier le marché arabe protégé des pierres et des détritus jetés par les colons qui logent au-dessus des échoppes...

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Pourtant, au coeur de ce dédale absurde et oppressant, dans la toute petite cour de l'association Hébron-France, des rires d'enfants résonnent et réchauffent, d'un coup, l'atmosphère. Les écolières en tablier, les garçons tout en bleu, quelques animatrices, un toboggan, deux balançoires, des bancs et une plate-bande de fleurs... et nous voilà partis pour une nouvelle séance de portraits !
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Rencontres, séances de pose et entretiens se succèderont toute la journée. Bruno commence à s'inquiéter très sérieusement pour son stock de papier... En aura-t-il assez pour dessiner toute cette humanité, chaleureuse et souriante, qui ne demande qu'à exister dans le regard des autres ?
 

Welcome to the Herbawi Home Center !

Après une petite étape à l'association Hébron-France – où est accrochée notre exposition – et de vaines tentatives de connexions sur ce blog...  Ghassan nous propose d'aller voir le grand magasin tout neuf (le fameux Herbawi Home Center) et de rencontrer ses collègues. Bourquoi pas ? (Ghassan a du mal avec le p, qui n'existe pas en arabe.)

Très vite, lorsqu'il explique ce que nous faisons et que Bruno ouvre son carnet pour montrer aux vendeurs les portraits qu'il a déjà faits, un premier volontaire se déclare. Mais d'abord, on nous fait la visite des étages du rayon vaisselle au rayon meubles et décoration – et, bien sûr, on nous sert le café. Ahmad pose, puis écrit son prénom (en arabe et en français) sur le dessin - au suivant !

 

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Herbawi 03.JPGPendant ce temps, Marc photographie les autres, tous les autres – et il en arrive sans cesse de nouveaux ! – un par un, devant l'ascenseur. « Le boss est parti, me dit Ghassan. C'est bour ça, c'est tranquille ! »

 

Nous resterons, finalement, près de deux heures. Au moment de partir, on nous fait patienter un peu, sans que nous ne comprenions bien pourquoi... Soudain, l'ascenseur s'ouvre ; l'explication est là, dans trois sacs identiques : on nous offre à chacun une tasse Herbawi ! Et nous repartirons, toujours empilés dans notre autobianchi bondissante, guidés jusqu'à notre prochain arrêt par un gros camion de livraison... Herbawi !

 

@ suivre...

 

17.10.2009

Chez Ghassan (suite)

Aujourd'hui, nous restons chez Ghassan. Pendant qu'il est à l'usine de matelas, où il occupe un poste de contremaître, nous travaillons nous aussi.

 

Marc descend au rez-de-chaussée prendre des clichés de l'ancienne maison, ravagée par les tirs de l'armée israélienne il y a 6 ans et trie les dizaines de photos qu'il a prises depuis mercredi.

 

Bruno brosse les portraits de Baha, la femme de Ghassan, et de leurs quatre fils, tantôt sur un carnet carré ou sur un grand bloc à dessin, tantôt sur un nouveau support, choisi pour ce projet : des chutes de voiles spi coupées en kakémono.






Et moi, je reprends mes notes et rédige ce journal de bord, en espérant vous faire vivre un peu de notre périple... avant de voir ce que nous ferons plus tard de toutes ces rencontres et ces émotions, riches et parfois contradictoires, que nous recevons ici, en plein cœur !

 

16.10.2009

Chez Ghassan

Ce matin, nous avons rencontré Ghassan, qui nous a présenté à sa famille et ses amis. Lui habite dans la maison de son enfance, très abîmée par la seconde Intifada, sur une colline au-dessus de la vieille ville d'Hébron. Mais il nous conduit pour la journée chez sa mère et ses frères qui vivent « à la campagne » dans un petit coin vert, une vallée miniature entre deux collines, à 5 minutes en voiture de la ville. Sa vielle autobianchi a drôlement la pêche et bondit d'une montée à l'autre en prenant de l'élan dans les descentes !

 
 
La maman de Ghassan nous accueille avec son sourire très doux, ses yeux rieurs... et des flans de semoule aux noix et raisins du jardin. Ici, on cultive du persil sous serre, de la vigne, quelques pieds de tomates, d'aubergines et de piments. Le coin est d'un calme absolu, d'autant que nous sommes vendredi, jour de prière et de repos. Seul un homme travaille, sur la colline la plus proche, à sa future maison, parpaing après parpaing sous un soleil de plomb. Écrasés de chaleur, nous restons un moment sous les tentures doublant l'ombre maigres des arbres, là où les frères de Ghassan se reposent après les travaux des champs.
 
 
Lorsque nous remontons vers la maison familiale, nous passons à l'étage, par une porte de côté. Car, sur la terrasse du rez-de-chaussée, on parle mariage. Samir, le plus jeune des frères de Ghassan cherche une femme à épouser... et ce n'est pas simple. Pendant que la rencontre des deux familles a lieu en bas, nous déjeunons d'une « renversée » délicieuse. Quand le peut-être futur jeune marié nous rejoint avec sa maman, ils ont l'air confiant pour la suite. Les petites nièces, puis les cousines arrivent - c'est l'heure des portraits !
 
La conversation est facile, malgré la barrière de la langue. Ghassan parle bien le français, ses frères l'anglais : on se débrouille, se traduit mutuellement, on parle de nos familles, de nos vies, de nos religions (ou athéisme !) respectifs. Les jus de grenade, cafés à la cardamome et thé sucré se succèdent sans cesse... nous sommes submergés de gentillesse.
 
Mais la journée n'est pas finie. On nous attend chez Ghassan, puis chez son beau-frère. Nous quittons la « campagne » et nos hôtes adorables. Il est bientôt 17h, la nuit commence à tomber doucement... L'autobianchi repart, toujours aussi bondissante, nous emportant de collines en collines.
 

15.10.2009

Jour de vernissage à Hébron

Aujourd'hui, nous avons fait en voiture la route de Ramallah jusqu'à Hébron. Grâce aux précieuses indications de Muhammed Muhesein, nous avons pu ne pas trop nous perdre depuis le check-point de Kalandia jusqu'à Gilo. Ensuite, l'entrée dans la ville d'Hébron fut un peu plus laborieuse... avec un détour involontaire à Dura où, par chance, Bruno a reconnu l'école dans laquelle il était allé l'année dernière ! Là, tout le monde s'est mis en quatre pour nous aider, tandis qu'un groupe d'écoliers d'une dizaine d'années, trop heureux de nous apostropher d'un "bonjour !", d'un "ça va !" ou d'un "comment tu t'appelles ?", se faisait prendre en photo par 2, par 3, par 4 puis... beaucoup plus ! Un bain de sourires et de chahut d'enfants... un régal !

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Finalement arrivés à bon port, et après l'accueil délicieux de Chantal, Anwar et son équipe, nous avons installé notre exposition dans la grande salle centrale de l'association Hébron-France. Les visiteurs sont ensuite venus très nombreux et de nouveau les contacts se sont noués, facilement, chaleureusement. La liste de nos futurs portaits s'allonge à vue d'oeil... et ce soir, à l'instant où j'écris cette note, Bruno est en train de réaliser celui d'Anwar - qui, lui, part en France demain matin... mais c'est une autre histoire !

@ suivre !

14.10.2009

Salaam Ramallah !

Juste un petit message pour vous dire que nous sommes bien arrivés en Palestine. Hôtel, voiture, CCF, Biennale, artistes palestiniens, les premiers contacts sont pris.

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Demain matin, nous partons à Hébron pour accrocher notre exposition... après une bonne nuit de sommeil - le lever à 3h30 est loin, loin, loin, ce soir ! À bientôt !

 

13.10.2009

Bethléem via l'Île aux Moines

En juin dernier, nous avons eu, déjà, l'opportunité de rencontrer de jeunes Palestiniens, chrétiens de Bethléem, venus passer une semaine en France grâce au "parrainage scolaire" d'une association catholique nantaise - l'occasion pour nous de prendre les premiers contacts... et de tester notre capacité à travailler ensemble !

Nous vous proposons de découvrir un extrait de ces entretiens, réalisées pour la plupart sur le bateau reliant Vannes à l'Île aux Moines et, pour les autres, sur la plage...


Vida est la première à répondre à mes questions. Visiblement, les membres de l'association la considèrent comme la « responsable » des quatre autres, parce qu'elle est la plus âgée** - peut-être aussi parce qu'elle parle bien français. Vida est à l'aise, lunettes Dior relevées sur la tête et sourire éclatant ponctuant chacune de ses réponses.  Elle a 19 ans et suit, à l'Université catholique de Bethléem, des études d'analyses médicales dans le but de travailler, plus tard, dans un laboratoire, si possible à l'hôpital. Elle est à mi-parcours - ce cursus dure 4 ans, elle en a fait 2 - et en est très heureuse... bien qu'au départ, son vrai désir était d'aller à la faculté de médecine, qui malheureusement n'est pas à Bethléem. Le coût et l'organisation nécessaire pour entreprendre des études ailleurs que « chez elle » étant trop pesant, elle a dû y renoncer. Mais, l'hiver dernier, dans le cadre de sa formation, elle a pu faire un stage à la maternité. « Une très bonne expérience. »

« J'ai beaucoup d'amis, car je suis très sociable ! » me répond-elle avec son grand sourire, lorsque je l'interroge sur sa vie quotidienne en-dehors des études. « C'est une université catholique mais la majorité des étudiants sont musulmans. C'est une grande chance pour nous. » Vida est sportive, elle a longtemps pratiqué le basket. Mais désormais, elle préfère passer son temps libre « sur l'ordinateur ou avec ma maman ». Elle me dit qu'elle aime la musique « mais pas moderne ! » et cite le nom de Fairuz, la voix pleine d'admiration. (Je la vois vérifier si j'écris correctement le nom de la star sur mon petit cahier !) Plus tard, Vida me dira que sa mère est d'origine libanaise, comme la chanteuse... Et quand je lui demande si elle a un porte-bonheur, quelque chose qu'elle  avec elle, y compris pour venir ici, elle a a l'air un peu embêtée. « C'est que... c'est personnel, finit-elle par m'avouer, un peu gênée. » Je m'excuse et la rassure : « Tu n'es pas obligée de répondre à toutes mes questions ! » Mais elle m'interrompt presque pour me dire que son père est mort il y a longtemps, quand elle avait deux ans, et qu'elle a sa photo sur elle, toujours, où qu'elle soit.

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Bruno dessine Vida sous l'oeil attentif et curieux d'Alfred.

Nataly a 16 ans et va au lycée. Cette grande jeune fille a l'air toujours un peu amusé... peut-être à cause de la fossette qui creuse sa joue en permanence, ou presque ! Elle parle un français excellent : comme Vida, elle a commencé de l'étudier à l'âge de 6 ans. Et elle aussi a déjà voyagé. En Allemagne et, à en croire son tee-shirt « Hard Rock Café - Amman », en Jordanie également - ce qu'elle me confirme. Elle me dit qu'elle est venue en France pour voir son « parrain » (celui qui dans l'association française l'aide financièrement à poursuivre sa scolarité dans l'enseignement privé chrétien et l'héberge durant le séjour) et visiter la France. Nataly est bien dans ses baskets, ça saute au yeux. Et elle est à l'aise pour parler.

« Ce qui me frappe, ici, c'est la liberté que vous avez. Pas de checkpoint... et beaucoup de magasins ! »

« Il n'y a rien que je n'aime pas, ici ! » dira-t-elle ensuite à Bruno, qui lui demande s'il n'y a pas des choses qui l'on choquée au cours de son séjour en France.

En dehors du lycée, Nataly va chez les scouts, pratique l'escrime et mange au restaurant avec ses amis. Mais ce qu'elle aime par-dessus tout, c'est tenir son journal. Chaque jour, elle y note quelque chose. C'est lui, son porte-bonheur. « Malheureusement, je n'écris pas l'arabe littéraire... dit-elle, s'excusant presque. J'écris comme je parle, et parfois même « en langues mélangées » : arabe, anglais, français. » Lorsque je lui demande s'il lui arrive d'y coller des souvenirs, des tickets, des petites choses ramassées ça-et-là comme je le fais moi-même, ses yeux se mettent à briller plus fort : « Oui, oui ! Je fais ça tout le temps ! J'ai pris l'habitude de garder des souvenirs de tout. »

Plus tard dans la journée, après le pique-nique sur la plage, alors que nous sommes assises côte à côte à l'ombre derrière les cabines de plage, je lui demande si elle a un petit ami, si elle est amoureuse... « Certaines de ses amies, oui. Mais pas moi. C'est trop tôt pour l'amour. À notre âge, les garçons sont tous des menteurs. »

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Marc, le photographe, et Shahd... photographiée.

Alfred, seul garçon du groupe, a 17 ans et va entrer en dernière année de lycée, celle du Bac. Sa matière préférée ? L'histoire. Il me répond sans la moindre petite hésitation. Et quand je lui demande pourquoi, il me dit : « J'aime apprendre de nouvelles informations sur la Seconde Guerre mondiale, l'histoire du monde m'intéresse. » Il m'explique : « Je suis curieux. J'aime... découvrir ! » Plus tard, il veut être avocat. C'est sûr, décidé depuis très longtemps.

Ce voyage est le premier qu'il fait. « Tout est comme je l'imaginais. Vous êtes tous libres, vous pouvez circuler librement. »

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Henriette vue par Bruno...
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...et par Marc.

À bientôt, de... là-bas !

09.10.2009

Trois départs, dont un retour

Aujourd'hui, pour nous trois, ce n'est pas vendredi mais... J-5 !

Nos valises sont-elles prêtes ? Avons-nous pensé à tout ? Passeports à jour, permis de conduire international, chargeurs divers pour notre batterie de petit matériel portable, réserve suffisante de carnets à dessin, de pinceaux, de crayons, de livres à montrer ou offrir ? L'excitation qui précède les départs gagne du terrain sur notre quotidien... C'est qu'il y a longtemps que nous nous préparons - certes enthousiastes depuis toujours ! - mais peu de temps, finalement, que nous sommes sûrs de partir vraiment !

Tout a commencé il y a un an, lorsque Bruno est revenu d'une semaine "dense et forte" en Palestine, à l'invitation du Consulat de France à Jérusalem...


"5 jours pour montrer mon travail de carnets de voyages et d'édition, discuter, échanger, réfléchir et dessiner avec des illustrateurs-peintres palestiniens ou des étudiants, mais aussi avec des adolescents et des enfants des "villages"  ou des camps de réfugiés, avec qui j'ai pu réaliser des ateliers parfois "sportifs", mais toujours avec un résultat intéressant, ébouriffant ou beau.

5 jours en Palestine grâce aux 4 formidables directeurs des centres culturels, qui ont les mains dans le moteur : Lucienne à Naplouse (et sa belle équipe dont Hakim, créateur de l'ONG "Project Hope"), Sébastien à Jérusalem, Philippe à Ramallah, Gaëtan le seul représentant culturel étranger à Gaza (mais l'armée israélienne ne nous laissera pas passer au checkpoint malgré toutes les autorisations, ce sera la grande déception de ce voyage, des jeunes nous attendaient de l'autre côté où seuls sont passés quelques 4x4 de la Croix Rouge). Et grâce aussi à Chantal, fondatrice de l'association d'échanges culturels Hébron-France.

5 jours aussi pour rencontrer la magnifique culture arabe avec des Palestiniens doux et accueillants, dans les rues, les souks, les cafés, les hammams... et qui acceptent d'être dessinés le sourire calme aux lèvres (quand j'avais un tout petit bout de temps)."

Naplouse Raid au Hamoz Caffè-reformaté.jpg

Depuis, Bruno n'a eu de cesse de retourner là-bas plus longtemps. C'est lui qui a rêvé, puis conçu ce dispositif d'échange entre la Biennale du Carnet de Voyage (dont il est fan et familier !) et le réseau des Centres Culturels Français sur place. Et son caractère de Breton, fort tenace, est sans doute pour beaucoup dans la réalisation de ce beau projet !
À nous tous, maintenant, d'en faire quelque chose de fort, de vivant, d'utile... et d'assez passionnant pour vous "embarquer" vous aussi, à nos côtés dans ce voyage !


01.10.2009

Clermont-Ferrand via Ramallah

AfficheBiennale.jpgEn novembre prochain aura lieu la 10ème édition de la Biennale du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand.

Cette année, l'un des thèmes phares de ce grand rendez-vous sera "les carnets du bassin méditerranéen" avec un focus sur la Palestine. Dans le cadre de l'échange qui nous conduira bientôt à Ramallah, deux artistes palestiniens feront le chemin dans l'autre sens pour venir exposer leur travail, en regard du nôtre, à la Biennale : Muhammed Muhesein (photographe) et Sa'ed Karazon (poète et musicien).

Si vous souhaitez en savoir un peu plus, nous vous invitons à explorer le programme, riche et foisonnant, de l'événement (en cliquant sur l'affiche) et puis... nous vous donnons rendez-vous les 13, 14 et 15 novembre 2009, au Polydôme de Clermont-Ferrand, pour un très grand voyage, artistique et humain !

 



 

29.09.2009

Qui sont les auteurs de ce carnet ?

Nous sommes trois artistes voyageurs. Une fille et deux gars, une Bourguignonne et deux Bretons. Un photographe, un illustrateur et une écrivaine. Mais l'écrivaine illustre aussi et le photographe aime manier les mots... Quant à l'illustrateur, lui, c'est le Capitaine !


palestinelireenfetecadrebleu.jpgEn effet, déjà venu en Palestine l'année dernière, dans le cadre de Lire en Fête, Bruno Pilorget est à l'initiative de cet échange artistique franco-palestinien entre les Centres culturels français et la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand.

 

Marc Abel est photographe. Lui n'est jamais allé en Palestine... mais rentre à peine  d'Australie. Découvrez (un petit morceau de) son univers ici : http://abelaustralie.uniterre.com

 

Véronique Massenot est l'auteure d'un roman, très documenté, qui se déroule en Palestine : Soliman le Pacifique (Journal d'un enfant dans l'Intifada) publié au Livre de Poche Jeunesse.

 



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